Hôpital du Jura
Hémodialyse 2

L’objectif du néphrologue ? Eviter que les gens arrivent en dialyse !

Dr Patrick Wilson, la néphrologie n’est pas la spécialité médicale la plus connue du grand public ?

C’est juste. On parle généralement de spécialiste des maladies rénales parce que le mot néphrologie n’évoque pas grand-chose. Tout le monde a entendu parler de dialyse, mais sans savoir que le spécialiste de la dialyse est le néphrologue. Dans l’inconscient populaire, ce n’est pas forcément une discipline noble comme la cardiologie, mais dans le domaine médical c'est une discipline respectée et que je trouve à plusieurs égards très intéressante, raison pour laquelle je l’ai choisie. Elle touche la plupart des disciplines médicales : nous sommes des généralistes avant tout, avec une sorte de spécialisation dans un domaine particulier. C’est ce qui rend la chose passionnante.

Les reins sont les chimistes du corps : ce sont eux qui font que le taux de sels minéraux restent constants dans le corps, que la pression artérielle soit contrôlée. Ils produisent toute une série d’hormones dont la fameuse EPO des cyclistes pour pédaler plus vite. Ils synthétisent certaines formes de vitamine D, ce qui permet la calcification des os. Ça fait d'eux de véritables gestionnaires du métabolisme global du corps.

Cela signifie aussi que dès qu’il y a un problème rénal, les dérèglements peuvent être importants ?

Oui effectivement, les dysfonctionnements des reins amènent des problèmes de pression artérielle, des problèmes osseux, ostéo-articulaires, etc. Mais si on n'en parle pas énormément dans le grand public, c’est parce que les reins réussissent à remplir leurs fonctions vitales même s’il y a déjà des dysfonctionnements. Les fonctions vitales sont assurées tant que les reins tournent au-dessus de 10 à 15% de leur capacité normale !
Dans le Jura, 13% de la population est touchée en ce qui concerne les formes d’insuffisances rénales légères, mais qui ont déjà des conséquences sur le corps.

Quels sont les symptômes d’une insuffisance rénale ?

C’est tout le problème : il s'agit d'une maladie silencieuse. Les symptômes sont très tardifs pour le patient. Personne n'est jamais venu me dire "j’ai une insuffisance rénale". Par contre, on me dira "j’ai de la peine à souffler, j’ai mal à la poitrine". Ce patient est adressé au médecin pour un problème cardiaque. Ce sont vraiment des symptômes bâtards, qui arrivent au dernier moment quand rien ne va plus, juste avant de devoir recourir à la dialyse. Ça se caractérise par une fatigue, une perte d’appétit, une perte de poids, des nausées matinales.
C’est tout l’intérêt et l'importance du dépistage : la seule manière de savoir comment un rein fonctionne, c'est de passer par le laboratoire. On va mesurer la présence d’un certain nombre de toxines qui sont normalement éliminées par les reins et qui vont s’accumuler quand les reins ne fonctionnent pas correctement.

Nous venons de lancer une campagne d’information auprès des médecins traitants pour expliquer qui mérite d’être dépisté, comment faire le dépistage et à quelle fréquence. On peut largement améliorer le dépistage, notamment dans le Jura. Par rapport au reste de la Suisse, on a moins de dialysés, mais c’est parce que nous sous-traitons la maladie rénale.

Quelle est la qualité de vie des personnes dialysées ?

Il existe plusieurs types de dialyses. La technique la plus utilisée est l’hémodialyse, mais il y a également la dialyse péritonéale.
L’hémodialyse consiste en un traitement ambulatoire dans un centre de dialyse et qui permet une bonne qualité de vie, moyennant une astreinte de suivi de traitement et une disponibilité de 12 heures par semaine. Cela ne va pas résoudre tous les problèmes de santé de la personne. Mais il faut casser une image qui date de plusieurs décennies : actuellement, les personnes dialysées supportent bien le traitement et vivent bien. Jusque dans les années 80, le but de la dialyse était de ne pas mourir, alors qu’aujourd’hui le but est de bien vivre !
La dialyse péritonéale est une dialyse qui se fait par le patient. Elle donne beaucoup plus d’autonomie, puisque le patient va se dialyser à la maison selon des cycles qu’il faut respecter. En général, on les voit toutes les 6 semaines pour s’assurer que tout va bien. Le matériel leur est fourni à domicile, ils peuvent voyager, partir à l’étranger. Je propose systématiquement cette technique à mes patients, car elle fonctionne très bien. Mais peu de personnes l'utilisent : les personnes âgées préfèrent que nous les prenions en charge dans les centres d’hémodialyse. 
 
Il faut encore savoir que pour les dialysés, il est possible de voyager et même de faire le tour du monde s'ils le désirent. Il y a des agences de voyage spécialisées, des centres de dialyse dans tous les pays, sur les paquebots, etc. Par ailleurs, il existe une association dans le Jura qui s’appelle l’AJMIR, l’Association Jurassienne des Malades Insuffisants Rénaux et qui est très active.

Toutes les personnes dialysées ne sont pas en attente d’une greffe ?

Non, tout le monde ne va pas pouvoir être greffé. Pour les gens qui peuvent recevoir une greffe, la dialyse est une sorte de pont en attendant l'intervention. Il arrive même qu'elles puissent être greffées avant d’entrer en dialyse, c’est ce qu’on appelle les greffes préemptives.  On a un patient, on voit qu’il va entrer en dialyse, nous pouvons déjà l’inscrire en liste de greffe et il peut potentiellement être greffé sans jamais passer par la case dialyse. Ça existe. D’autres arrivent en dialyse et seront greffés ultérieurement.
La greffe est la technique qui offre la meilleure qualité de vie et aussi la meilleure survie. Il n’y a pas d’âge pour être greffé, mais il est vrai que l’on greffe rarement des personnes très âgées. Ce sont essentiellement les conditions médicales qui vont dire si on greffe une personne ou pas. Tout le monde n’est pas greffable. Pour certaines personnes, la dialyse sera un traitement jusqu’à la fin de leur vie.

Quel est le message que vous aimeriez faire passer auprès de la population jurassienne ?

Le but du néphrologue et des consultations que nous mettons en place, c’est d’éviter que les gens finissent en dialyse. La dialyse, c’est ce qui permet de vivre quand rien ne va plus. Il faut donc prévenir la dégradation de la fonction rénale à travers la prévention. Nous devons prévenir les mêmes facteurs de risque que pour les maladies cardiovasculaires : l’hypertension, le diabète, le tabac, etc. Ces facteurs vont contribuer à abîmer les reins et il faut les limiter pour éviter les dégâts. Parfois il y a aussi des maladies particulières, par exemple des maladies rénales auto-immunes qui feront que le système immunitaire va s'attaquer aux reins. Mais les plus grands destructeurs rénaux sont l’hypertension et le diabète et de loin. Une prise en charge adéquate de ces facteurs-là freinent entre 50 à 75% des insuffisances rénales.

Dr Patrick Wilson

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