Hôpital du Jura
Antoine Buyssechaert

"J'ai découvert les urgences par hasard"

Antoine Buyssechaert, vous êtes infirmier. Pourquoi avoir débuté une formation d'ambulancier ?

Ce qui me plaît, c'est l'aspect "extra routinier" qui est spécifique aux deux domaines, urgences et ambulances. C'est le fait de ne pas savoir comment va se dérouler ma journée et la diversité des situations rencontrées. On est aussi confronté à un public diversifié, que ce soit en termes de pathologies ou d'âges. Ça va du nourrisson au patient très âgé et aussi au post-mortem. On touche vraiment à tout. Et il y a aussi le côté adrénaline.

Justement, vous savez que vous pouvez faire face à des situations extrêmes. Est-ce que ça s'apprend ?

Oui et non. Au niveau de la formation on nous donne les outils qui nous aident à faire face le plus sereinement possible à des situations qui peuvent paraître extrêmes. Et après il faut avoir envie ou avoir une prédisposition pour pouvoir aborder ce genre de situations. Il y a une sorte de sélection naturelle qui se passe. On se rend vite compte si nous sommes faits pour cela ou pas.

Et les débriefings ?

Pour l'instant, il n'y a pas de débriefing qui suit un protocle précis. C'est plutôt un débriefing naturel qui se fait entre collègues et qui est essentiel. Nous avons un projet de débriefing plus professionnel.

Pour se vider la tête, on dit qu'il faut avoir d'autres centres d'intérêt, des loisirs ?

Oui sans doute. Je vis dans une région montagneuse, donc j'en profite. J'habite dans les Grisons, près de Coire. Mes hobbys sont la randonnée en montagne et en forêt, le ski et le sport en général, comme la course à pieds et la natation. Et aussi la photographie.

Les Grisons, quand on travaille à Delémont. C'est un peu fou, non ?

Oui, c'est assez fou, mais je le gère bien. Mon épouse est originaire des Grisons et après avoir habité durant des années en Suisse romande, elle avait la nostalgie de ses montagnes. Venant du nord de la France, je n'étais pas à ça près. Nous habitons les Grisons depuis 4 ans et ça se passe bien. C'est vrai que c'est 3h-3h30 de voyage en train à chaque trajet. Mais je mets cela à profit pour la formation. Evidemment, quand je fais des séries de jours de travail je dors ici, sinon ce serait impossible.

Pour revenir au travail, est-ce que vous pourriez imaginer revenir à un travail d'infirmier dans un service classique, intrahospitalier ?

Non, si on me disait tu retournes dans tel service, je crois que je changerais complètement de travail. Même si le travail en équipe est sympa et même si il y a aussi de la diversité dans certains secteurs hospitaliers. Mais je n'aimerais pas retrouver un métier plus régulier et parfois très technique.

L'aspect relationnel est aussi important dans le travail d'ambulancier.

C'est vrai. Il faut établir une relation dans un temps record et souvent dans une situation de crise. L'intervention dure entre 25 et 30 minutes sur site avec le patient et au total environ 1 heure. Il faut être en mesure d'établir une relation adaptée en fonction de la personne, de la situation, tout en veillant à prendre en compte l'entourage. Et rassurer. Ce sont des choses que l'on apprend aussi aux urgences.

Est-ce qu'il y a une situation que tout ambulancier redoute et espère ne jamais vivre ?

Oui, clairement, le nourrisson ou l'enfant qui fait un arrêt cardio-respiratoire. A l'école on aborde justement ce bloc pédiatrique. C'est la bête noire de tous les ambulanciers et de tout le monde. C'est heureusement plutôt rare. On le redoute parce que c'est très différent des secours apportés à un adulte. La prise en charge est différente, la médication aussi et il y a clairement l'aspect émotionnel qui pourrait prendre le dessus. J'ai pu vivre d'autres situations où l'aspect émotionnel était aussi présent, mais j'imagine qu'avec un enfant c'est plus compliqué.

Arrivez-vous à vous projeter dans l'avenir, dans 15 ans par exemple ?

Non vraiment pas. La durée de vie professionnelle d'un ambulancier est en moyenne de 6 ans... donc m'imaginer dans 15 ans, aucune idée. Je ne sais pas si je serai encore dans les soins. Je serai peut-être horticulteur ou qui sait ?

6 ans, c'est très court... vous avez une explication ?

Il y a quand même une assez grande pénibilité, avec les horaires de nuit. On porte aussi pas mal et nous sommes souvent que deux... le patient peut peser 140 kilos et être bloqué dans un environnement compliqué. On essaie de faire attention, mais ce n'est pas toujours facile. Il y a des ambulanciers qui se convertissent dans la formation ou dans la centrale 144. Mais c'est vrai que 6 ans ça m'étonne aussi... Peut-être qu'avec la formation que nous recevons aujourd'hui ça va évoluer. Il y a aussi une meilleure reconnaissance de la profession qui se met en place.

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