Hôpital du Jura
Dr Freddy Clavijo

25 ans au service de la gériatrie

Dr Clavijo, qu’est-ce qui a changé au cours de vos 25 ans d’activité dans le domaine de la gériatrie ?

Quand je suis arrivé, la gériatrie se résumait à une prise en charge des patients chroniques, une prise en charge lourde dans le pavillon Ste-Marthe. Je me suis vite rendu compte qu’il fallait développer une nouvelle approche et nous avons créé une unité d’accueil temporaire. Nous avons commencé de travailler sur la réadaptation des personnes âgées pour les aider à retourner à domicile. Ensuite, nous avons propagé cette approche dans tous les services de gériatrie. Ici à Porrentruy, nous n’avions plus d’unité chronique… c’est devenu ce que nous connaissons aujourd’hui sous l’appellation RMG: rééducation en médecine gériatrique. C’était une bonne approche et il faudra de plus en plus y recourir avec le vieillissement de la population.

C’est finalement une approche très récente?

Absolument, ça date d’une vingtaine d’année. Et nous n’étions pas à la traîne par rapport aux autres cantons. Nous nous sommes d’ailleurs tous mis en contact pour développer et défendre cette approche.

Aujourd’hui, quels sont les défis auxquels devra répondre la gériatrie ?

Il y a des choses à faire dès l’hospitalisation des personnes âgées. Il faut que nous les prenions en charge dans une filière spécifique. Pour certaines personnes âgées, la médecine classique n’est pas la bonne filière. Parfois, cela correspond à de l’acharnement thérapeutique plutôt qu'à une prise en charge adaptée.

A Lausanne et Genève, ça commence : les patients qui arrivent sont triés et profitent déjà d’une approche gériatrique. Il faut savoir que laisser une personne âgée alitée pendant 3 à 4 jours, c’est dangereux. L’objectif devrait être de vite la remettre debout. Il faut d’emblée la mobiliser contrairement à une hospitalisation classique où les patients sont alités. L'autre difficulté, chez la personne âgée, c'est que souvent il n’y a pas qu’une maladie, mais en plus des problèmes somatiques, des problèmes de mémoire, de maladie d’Alzheimer, des troubles du comportement avec par exemple des états confusionnels. Donc il faut avoir une approche globale!

La gériatrie, c’est pas un médecin, c’est une équipe. Ici, à Porrentruy, nous avons de bonnes compétences avec des infirmières, physiothérapeutes et ergothérapeutes formés dans le domaine de la gériatrie, de même qu’une assistante sociale et des diététiciennes.

Est-ce qu’on  a pas de la peine à recruter dans le domaine gériatrique ?

Plus maintenant. C’est vrai qu’au départ, par exemple en gérontopsychiatrie, on récupérait les soignants qui posaient problème ailleurs… donc du personnel qui n’était pas spécialement motivé. Actuellement, on a beaucoup de jeunes professionnels qui demandent à travailler en gériatrie. Et pourtant, ce n’est pas facile : c’est une prise en charge qui reste lourde, complexe et il y a aussi la question de la mort qui est toute proche. C’est aussi pour cela que nous avons développé les soins palliatifs.

Est-ce qu’il y a une reconnaissance pour cette prise en charge des personnes âgées ?

Non, c'est un vrai problème. Si vous dites je travaille dans une unité de neurochirurgie ou si vous dites je travaille dans une unité de gérontopsychiatrie, le regard des gens est très différent. Le manque de reconnaissance pour nous est très dur. On me dit: qu’est-ce que tu fais avec tes petits vieux… alors que si j’étais chirurgien cardiovasculaire…

On ne se rend pas toujours compte du travail que nous faisons. Il faut se battre… ou accepter. Ma satisfaction à la fin, ce sont les retours positifs de la part des familles.

C’est un problème de société la prise en charge de la personne âgée. Et je trouve très bien que l’on puisse continuer à développer une médecine adaptée à ces personnes. Déjà dans les années 90, on prévoyait deux types de médecine : la médecine super aigue où les gens allaient rester 2 ou 3 jours dans les hôpitaux, ainsi que la médecine ambulatoire et puis les vrais hôpitaux allaient devenir les établissements pour personnes âgées. C’est ce qui n’a pas été compris immédiatement en Ajoie : c’est cette médecine-là qu’il fallait développer et c'est ce que nous faisons ici à Porrentruy. Alors que l’hôpital de Delémont risque de diminuer le nombre de jours d’hospitalisation et sera plus menacé que le site de Porrentruy.

En tant que gériatre, quel regard portez-vous sur le vieillissement ? Est-ce qu’on peut rester positif ?

Oui, finalement ces personnes nous apprennent qu’il ne faut pas attendre pour vivre. Ça m’a beaucoup appris et il ne faut pas oublier que beaucoup de personnes âgées sont dans la sagesse. Quand on est dans les homes médicalisés ou les hôpitaux, on voit peut-être une population de personnes âgées qui ne correspondent finalement pas à la majorité. Il ne faut pas oublier que beaucoup n’ont jamais été malades. On a parfois des centenaires qui viennent pour la première fois à l’hôpital et ce sont des personnes qui ont vécu !

Est-ce que vous vous souvenez de belles rencontres ?

Ah oui, tout à fait. Je me rappelle d’une dame de 89 ans qui était arrivée ici et elle voulait faire un saut en parachute pour ses 90 ans. A 80 ou 85 ans, elle avait déjà effectué un vol en deltaplane. Ou une autre dame, une centenaire, nous lui avions demandé ce qu’il fallait faire pour rester en aussi bonne santé. Elle nous a répondu : il faut demander à une personne plus âgée que moi. Ce sont de des rencontres super !

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