Hôpital du Jura
Kristian Schneider

Quel langage utiliser ? Tout sauf la langue de bois !

Le 08 août 2017

Dans ce nouveau blog, j’aimerais vous parler du langage. Pour mener à bien des projets, pour diriger et accompagner des équipes, pour développer des activités et désamorcer des conflits, il est crucial de maîtriser le langage et ses différents niveaux qui s’entremêlent parfois subtilement.

Dans le domaine de la santé, langages populaire, médical ou encore politique évoquent les mêmes thématiques, mais de manière très différentes. Il faut adapter son vocabulaire et ses explications en fonction de ses interlocuteurs et ce n’est pas toujours évident. Le bon argument exprimé maladroitement peu complètement rater sa cible. Ce jeu d’équilibriste est encore moins facile pour quelqu’un qui n’est à la base pas francophone, je vous l’assure.

La langue de bois est tentante : on caresse son interlocuteur dans le sens du poil et l’on se fâche avec peu de monde (du moins pas dans l’immédiat). Mais personne n’est dupe et sur le long terme c’est l’échec assuré.

J’ai fait mon choix, en évitant simplement de pratiquer le double langage et j’ai fait de la franchise ma marque de fabrique. Et ceci au risque de parfois surprendre mon auditoire, de heurter certaines susceptibilités, mais cela permet aussi de faire tomber bien de barrières. Quoiqu’il en soit, c’est une façon d’être qui semble être appréciée et qui permet de s’affranchir des nuances de langages dont je parlais ci-dessus. Cela ne signifie pas que nous pouvons toujours tout dire ou livrer n’importe quelles informations stratégiques. Mais nous devons choisir la voie de la plus grande transparence possible. 

Reste que la population n’est pas toujours cohérente: elle déteste la langue de bois, mais n’est pas forcément prête à entendre la vérité. Exemple : quand on annonce qu’un service doit être réuni sur un site pour des raisons médicales, pour garantir sa qualité et sa survie à moyen terme à l’échelon jurassien, certains crient immédiatement au scandale, voire au complot, estimant que c’est un choix financier ou politique. Le cas du futur centre de compétences oncologiques jurassien est éloquent : nous avons la chance de mettre sur pied un centre unique dans l’arc jurassien, sans lequel nous risquerions de perdre rapidement toutes ses compétences. Les patients atteints de cancer de tous les districts y ont un grand intérêt (quitte à faire 20 minutes de trajet en plus).

Autre exemple, on a laissé croire pendant des années que le canton du Jura pouvait abriter trois services d’urgences 24h/24 et on a même ancré ceci dans la loi cantonale. La population a fini par se persuader qu’elle disposait effectivement de véritables urgences dans chacun des chefs-lieux. C’est un leurre.  Aujourd’hui, il faut rétablir la vérité et remettre au diapason le langage populaire, le langage médical et le langage politique : une garde médicale n’est pas un service d’urgences ; il est impossible de trouver du personnel qualifié pour des urgences médicales peu fréquentées ; la sécurité sanitaire peut être assurée sans disposer de pseudo-urgences dans les trois districts. Si tout le monde accepte de laisser tomber la langue de bois, ce sera plus simple de travailler ensemble sur des projets d’avenir, tel qu’un concept moderne de médecine d’urgence et du sauvetage. 

Nous avons déjà fait beaucoup de chemin dans ce canton pour améliorer les prestations sanitaires. L’Hôpital du Jura entend bien continuer ses efforts pour se rapprocher encore davantage de la population, des autres prestataires de santé et des politiques. Sans langue de bois !

Je suis Kristian Schneider, Jurassien d’adoption, qui vous remercie pour votre confiance en l’H-JU.