Hôpital du Jura

Le Directeur de l’Hôpital d’Arabkir en stage à l’Hôpital du Jura

Arman Babloyan

Monsieur Arman Babloyan connaît bien le Jura et l’Hôpital du Jura, puisqu’il vient pour la troisième fois effectuer un stage de formation. Le directeur administratif de l'Hôpital Arabkir situé dans la capitale arménienne d’Erevan a observé durant trois semaines le fonctionnement de l’H-JU et rencontré les différents responsables. Après chacun de ses stages dans le Jura, Arman Babloyan a à cœur de développer de nouveaux projets adaptés à la réalité arménienne. Son passage à l'H-JU est aussi très enrichissant pour les personnes qui ont la chance de le rencontrer.

Cette collaboration a été rendue possible grâce au partenariat lancé avec Arabkir par SEMRA PLUS et plus particulièrement Docteur Jean-Pierre Bernhardt, Fondateur et président d’honneur de la Fondation SEMRA (Fondation Suisse pour les Enfants Atteints de Maladie Rénale en Arménie).

 

Monsieur Babloyan, quel est l’historique de votre hôpital basé à Erevan, la capitale de l’Arménie ?

Après le tremblement de terre de décembre 1988, beaucoup de gens souffraient de graves problèmes de santé, notamment de maladies rénales contractées dans les maisons devenues insalubres. Nous avions besoin d’aide médicale et avons commencé à travailler avec des médecins de Suisse, de France et de Belgique. A l’époque, l’hémodialyse n’existait pas en Arménie et nous avons commencé avec des médecins suisses et des infirmières belges dans des conditions terribles, proches de la médecine de guerre. Nous avons débuté notre activité avec trois machines d’hémodialyse et c’est ce qui a marqué la création du Centre médical d’Arabkir au début des années 90. C’était alors un centre d’urologie et néphrologie. Docteur Jean-Pierre Bernhardt qui travaillait à l’Hôpital régional de Porrentruy a commencé de travailler avec notre hôpital et il a permis de développer plusieurs projets pour aider les enfants. La Fondation SEMRA, qui depuis est devenue SEMRA PLUS, a été créée pour aider les enfants souffrant de maladies rénales. Un contrat de jumelage entre Arabkir, SEMRA et l’Hôpital du Jura a été signé, particulièrement pour nous aider dans la formation. C’est dans ce cadre que j’ai réalisé trois stages au sein de l’H-JU, en 2006, 2010 et actuellement en 2016. J’ai été nommé directeur administratif de l’Hôpital Arabkir en 2007, juste après mon premier stage dans le Jura.

L’Hôpital Arabkir emploie 720 personnes, pour 240 lits, parfois jusqu’à 280 lits. Notre activité est à 80% pédiatrique, mais nous avons toujours des prestations pour les adultes dans les domaines de la néphrologie, urologie et hémodialyse. Nous sommes aussi le seul établissement arménien qui réalise des transplantations rénales, avec une douzaine d’opérations par année. Bien entendu, c'est très insuffisant pour répondre aux besoins en Arménie. Il nous faudrait un deuxième centre de transplantation, mais c’est un début et nous allons développer ce projet avec l’aide de médecins suisses, français et belges.

Quels sont les grands défis pour votre hôpital ? La formation ?

Oui, ça reste un grand manque. Nous avons déjà amélioré la formation dans plusieurs domaines. Par exemple, pour la pédiatrie que nous avons commencée en 2003, nous avons débuté des projets de formation en particulier avec Zurich. Concernant l’urologie et la néphrologie, nous avons commencé en 1990.

Il n’y a pas que la formation, il nous manque aussi des équipements, qui sont très chers pour nous. Les coûts des appareils et des médicaments sont très élevés par rapport aux revenus de notre hôpital. Mais heureusement nous recevons de l’aide, par exemple quand l’Hôpital du Jura change des appareils nous les réutilisons volontiers. Des fondations nous envoient également du matériel et des médicaments.

Quel est votre regard sur l’Hôpital du Jura ? Vous venez d’une ville de 1.2 million d’habitants et ici dans le Jura nous avons 72'000 habitants.

Je ne m’étais pas imaginé qu’il y avait 12'000 habitants à Delémont, car je trouve que la ville est très animée. A Porrentruy aussi, il y a beaucoup d’activités. C’est très différent d’Erevan et difficile à comparer.

Concernant l’Hôpital du Jura, j’ai vu son évolution au fil des années. Lors de mes trois stages de 2006, 2010 et 2016, j’ai constaté de grands changements. La population jurassienne ne se rend peut-être pas compte de tous ces changements organisationnels. Lors de mes stages, je vois les coulisses et suis donc bien placé pour voir toutes ces évolutions. J’ai vu un hôpital ouvert sur l’extérieur, avec beaucoup de relations avec l’extérieur pour des formations, des échanges.

Cette année, j’ai fait la connaissance des nouveaux responsables de l’hôpital et constaté qu’une fois de plus l’organigramme avait beaucoup évolué, de même que l’organisation des tâches  avec une optimisation des services et une concentration de certaines activités. Même dans l’admission des patients, j’ai vu qu’il y avait eu des améliorations. Comme chez moi, si tu es ouvert aux changements tu améliores ton établissement, sinon tu n’évolues pas.

En Arménie, les dépenses dans le domaine de la santé sont très bas, environ 150 francs par année par habitant. La pratique des médecins est aussi différente, avec beaucoup d’échanges entre les médecins, des congrès et des formations continues durant toute la carrière. Chez nous c’est très compliqué : si un médecin arménien veut se rendre dans un congrès à l’étranger, c’est excessivement cher. Il doit obtenir un visa, payer un billet d’avion, l’hôtel, etc. C’est un grand problème. Chez vous les médecins ont la chance d’avoir un bon échange avec les pays environnants.

Que peut-on souhaiter pour l’avenir de votre hôpital ces prochaines années ?

Nous souhaitons continuer les projets de formation, les collaborations avec l’Hôpital du Jura. Notre établissement souhaite créer un système qualité des soins et pour développer ce projet nous allons collaborer avec l’H-JU. De même dans un projet de formation des infirmières, nous avons un projet avec SEMRA PLUS et avec l’H-JU pour mettre en place une formation continue. Enfin, nous voulons absolument continuer d’améliorer les services médicaux pour les enfants arméniens. Pour cela nous avons encore besoin d’aide !