Hôpital du Jura

Covid - premier bilan et perspectives

Covid 19 - soins intensifs Covid 19 - soins intensifs

Une pandémie ou tout événement majeur constitue un véritable test pour le système de santé, à l’échelle d’un pays, respectivement d’un canton ou d’une région. La première partie de la crise du Covid-19 a permis de vérifier notre degré de préparation, nos capacités à réagir rapidement et à faire face. Un premier constat s’impose au niveau jurassien : l’H-JU a répondu présent, il a assumé ses responsabilités en coordination avec l’ensemble des acteurs de la santé et avec les autorités cantonales. Non seulement, nous avons réussi à prendre en charge les patient·e·s, mais nous avons également évité une propagation du virus dans nos murs et auprès de notre personnel. La situation n’est pas encore totalement sous contrôle et la reprise de l’activité économique représente un nouveau défi. L’H-JU devra accompagner cette phase, en adaptant son dispositif et en appliquant son propre plan de reprise.

 

Notre capacité à soigner les patient·e·s jurassien·ne·s
La proximité du Canton du Jura avec le Grand-Est français et en particulier la région de Mulhouse était susceptible de provoquer un afflux massif de patient·e·s. Nous nous sommes préparés pour faire face à cette vague qui a congestionné bon nombre d’hôpitaux en Italie, au Tessin et en France voisine.

Les secteurs les plus exposés ont été étoffés, soit les Urgences, les Soins intensifs et les différents Services de soins. C’était et ça reste un véritable défi, car une situation de cette ampleur est inédite et les inconnues nombreuses : importance du pic (le premier semble passé), la durée de l’épidémie, le taux de contamination de notre personnel, nos capacités à prendre en charge les cas les plus aigus, les stocks de matériel de protection et de médicaments, etc. En plus de cela, nous devons être capables de continuer à prendre en charge les urgences courantes sans risquer une contamination, avec des flux biens séparés pour les cas Covid ou suspects et les cas non Covid ou non suspects.  

Il a donc fallu anticiper énormément de choses, revoir l’agencement des locaux, ajouter des conteneurs d’accueil, renforcer certains secteurs, suspendre certaines activités, former du personnel d’appoint pour les soins intensifs, chercher du matériel de protection supplémentaire par des voies inédites, etc. Plus de 120 mesures ont été prises à ce jour, ce qui correspond à un véritable plan d’actions élaboré en quelques semaines et continuellement adapté en fonction de l’évolution de la situation.

Qualité des soins et des prestations médicales
Les mesures rapides et efficaces prises par les autorités jurassiennes, puis par la Confédération, nous ont grandement aidés, puisque manifestement l’évolution de l’épidémie a ainsi été freinée. C’est l’occasion de remercier la population, qui a globalement très bien respecté les règles d’hygiène et de précautions.

Cette évolution maitrisée de l’épidémie et toutes les mesures que nous avions anticipées nous ont permis de prendre en charge les malades de façon optimale. En stoppant de manière précoce les activités non vitales et non essentielles, nous avions fait de la place dans les services de soins, ce qui a permis de prendre en charge toutes/tous les patient·e·s, y compris celles/ceux mis·e·s en quarantaine. Ainsi, les personnes contaminées par le Covid et celles qui ne l’étaient pas ou non confirmées ont pu être prises en charge dans des flux séparés.

Santé et sécurité du personnel
Le bilan intermédiaire au niveau de la santé du personnel est très positif, puisque nous avons eu jusqu’ici à déplorer 35 collaboratrices/teurs malades, sur un total de plus de 1800 personnes. Ce nombre relativement restreint démontre que les mesures de protection ont été prises suffisamment tôt et qu’elles ont été bien respectées.

A noter que nous n’observons pas de différences de taux de contamination entre les services, qu’ils soient très exposés (soins intensifs, urgences, unités en quarantaine) ou moins exposés. Cela tend à démontrer que la contamination à l’interne de l’H-JU a été bien maîtrisée.

Nous devons rester vigilants, puisque qu’une nouvelle contamination est toujours possible. Nous continuons à dépister notre personnel dans certaines situations pour éviter le départ d’une flambée de cas.

EMS/UVP, un secteur à risque
Dans certains cantons et régions voisines, les EMS/UVP (Unités de vie psychogériatriques) ont été très touchés par le virus, avec de nombreuses contaminations et des décès à déplorer. Pour l’instant, le Canton du Jura a très bien géré le confinement dans ces lieux de vie extrêmement sensibles. Les familles respectent parfaitement l’interdiction des visites et nous aident énormément à éviter une contamination qui pourrait être tragique.

Dans les EMS/UVP, la communication avec les familles est absolument essentielle. Les familles et les résident·e·s doivent déjà vivre une longue période de coupure, elles/ils ont au moins le droit d’être informé·e·s de manière transparente. Des contacts réguliers sont organisés entre les équipes et les familles. Des moyens de communication (tablettes électroniques) permettent également des contacts réguliers entre les pensionnaires et leurs familles. Des animations sont organisées dans les murs au sein de chaque unité pour essayer de rendre la moins pesante possible cette période d’attente.

Soutien du bataillon hôpital 2
Le bataillon hôpital 2 a été engagé et a permis de prêter main forte aux hôpitaux, en appui aux professionnels. Sa mise en place a été demandée par les cantons et les hôpitaux avant de connaître l’importance de la « vague » et sa durée. Il a fallu commander cette mobilisation il y a plus de cinq semaines, en se basant sur la situation notamment en France voisine ou au Tessin. Nous avons tenu compte du risque de manque de personnel de soins, soit en raison d’une contamination par le virus ou d’une réquisition par l’Etat français.

On peut affirmer que ce déploiement était justifié : ne pas recourir à un bataillon spécialisé dans le soutien des hôpitaux dans ce contexte de pandémie mondiale eut été une faute. Cela nous aurait été reproché si le nombre de cas avait explosé.  

Un redimensionnement du déploiement militaire a toujours été envisagé, autant à la hausse qu’à la baisse, en fonction de l’évolution des besoins. Une première réduction de moitié a été décidée à la mi-avril (de 30 militaires, nous sommes passés à 15) et l’engagement devrait se terminer le 4 mai prochain.

Remarques : jamais du personnel soignant n’a été mis à l’arrêt à l’H-JU pour le remplacer par des militaires. Si une demande de chômage partiel devait aboutir, elle ne concernerait pas du personnel soignant en mesure d’effectuer le travail des militaires. L’apport de l’armée est donc complémentaire !

La préparation délicate d’un plan de reprise
Même si l’évolution du virus semble pour l’instant stabilisée, les hôpitaux devront pendant un certain temps continuer à garantir une filière Covid et une filière non Covid pour éviter des infections nosocomiales. Lorsque la population sera progressivement déconfinée, de nouvelles contaminations apparaîtront très certainement. Nous aurons alors toujours besoin de lits pour les patients contaminés, de places en soins intensifs et de chambres d’isolement pour les personnes hospitalisés en attente d’un dépistage. Le fonctionnement de l’institution sera perturbé pendant encore de longs mois et nous aurons besoin d’un fort soutien cantonal durant cette période délicate.

Le plan de reprise que nous élaborons est particulièrement sensible pour les activités opératoires. Nous devrons assurer la protection des patient·e·s, des collaboratrices/teurs et veiller à l’approvisionnement en matériel et médicaments. Notre salle de réveil a été transformée en salle d’appoint pour les soins intensifs et les infirmiers anesthésistes ont renforcé l’équipe des soins intensifs. Il faudra donc progressivement revenir à un mode de fonctionnement normal, mais en restant capables de faire face à de petites ou grandes flambées de contaminations par le virus.

Les activités ambulatoires au bloc opératoire ont repris hier, 27 avril, mais avec toute la prudence qu’imposent les risques liés au virus. Elles nécessitent un dépistage préalable systématique des patient·e·s et la reprise  des autres interventions chirurgicales demandera encore d’autres prérequis, comme la réouverture de la salle de réveil. Le nombre de salles opératoires sera ainsi adapté progressivement. Ces phases successives sont actuellement planifiées par le Directeur médical, les responsables du bloc opératoire et en collaboration avec les médecins chefs de service concernés et les infirmiers chefs.  

Au niveau des Urgences, à ce stade le personnel de Porrentruy continue à apporter un précieux appui à Delémont pour permettre d’avoir un médecin superviseur 24h sur 24 et pour renforcer les équipes soignantes. Dès que la situation le permettra, nous procéderons à la réouverture des urgences de Porrentruy. Par souci de clarté pour la population, nous voulons absolument éviter de devoir faire marche arrière, si nous devons faire face à de nouvelles contaminations dues au virus.

Impact financier pour l’H-JU
La grande force et l’importance de disposer d’un centre de soins aigus cantonal, c’est justement d’avoir réussi à mettre en place un hôpital « de crise » adapté à la prise en charge du Covid, sans aucune arrière-pensée économique. Lorsqu’il a fallu couper de manière brutale les prestations non urgentes et non essentielles, c’est immédiatement le réflexe de préservation de la santé publique qui été le seul moteur de l’H-JU. Nous n’avons pas attendu l’interdiction dictée par le Conseil fédéral d’exercer les prestations non essentielles.

Il est évident que cette crise aura un impact financier très lourd pour les hôpitaux. La totalité de cet impact ne pourra pas être déterminé tant que l’hôpital n'aura pas retrouvé son fonctionnement normal. D’ici là, la pandémie continuera à peser sur notre résultat.  

A ce stade, nous pouvons déjà donner quelques indications :

- Pour l’instant, le manque à gagner de mi-mars à fin avril peut être évalué à plus de
6 millions de francs (tout n’a pas encore été comptabilisé).
- Par exemple, les surcoûts liés au matériel de protection se montent à plus d’un million de francs. Sur l’année, cela représentera entre 10 et 15 fois plus que durant une année ordinaire.  

Concernant la façon d’assurer le financement de cette crise, des discussions sont d’ores et déjà engagées au niveau de la Confédération et entre cantons. Le Canton du Jura et l’Hôpital du Jura sont en contact étroit depuis le début de la crise et les aspects financiers seront abordés en temps opportun. La sécurité des patients, du personnel et plus tard des visiteurs restent notre préoccupation du moment.

 

Remerciements
En guise de conclusion, nous souhaitons remercier l’ensemble de la population pour les nombreux messages de soutien reçus et les dessins des enfants.  

Merci également à toutes celles et ceux, particuliers, entrepreneurs, commerçants, artisans et membres du Conseil d’administration, qui nous ont adressé des témoignages de soutien tangibles sous des formes diverses : masques, visières, chocolats et autres douceurs, fleurs et matériel. Merci également à l’initiateur et aux participants à l’action des T-shirts « Tous solidaires 2020 », qui nous a permis de commander du matériel qui restera utile en dehors de la période Covid.

Cette crise renforce encore notre lien avec la population et nous conforte dans notre rôle d’acteur de santé publique.

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